Le Château de Grogneul : du château fort à la maison bourgeoise

La seigneurie médiévale de Grogneul connaît de nombreuses transformations depuis le XIIIe siècle. Propriété de Madame de Maintenon à partir de 1687, les descriptions du château disparaissent des documents vers 1720, sans doute suite à un incendie. L’avant des douves et le parterre, loués par un bourgeois de Chartres sera ensuite racheté dans son ensemble, le tout sur une parcelle de plus de 20 arpents (soit plus de 10 hectares). C’est, depuis 1768, un rare ensemble dont une “maison des champs” qui y sont préservés à l’abri des regards et dans un bel écrin de verdure.

La  résidence” moyenageuse”  de Grogneul se  compose de divers bâtiments à usage de fermes et d’entrepôts, ceints derrière d’imposantes murailles et de fossés.  Une chapelle, dédiée à Saint-Jean y est construite. Aucune trace avérée ne laisse vraiment présager de son emplacement.
A la fin du XVI e siècle,  un proche du roi et nouvellement anobli, le Sieur Jean de Ligny, transforme le bâtiment, lieu de productions économiques en un ”château" , c’est à dire une demeure de villégiature , proche de Paris et du pouvoir royal. 

A la fin du XVII e siècle, Louis XIV achète Grogneul pour 300 000 livres. Le but est double : agrandir le domaine de Françoise d’Aubigné, Dame et seigneur de Maintenon, mais aussi pour  la dédommager de la construction des travaux de l’aqueduc  dans ses terres, celui-ci devant alimenter les eaux de Versailles.
En 1698, Madame de Maintenon donne la seigneurie de Grogneul tout comme le reste du domaine de Maintenon en dot à sa nièce, Françoise Amable d’Aubigné, lors de son mariage avec Adrien de Noailles. Elle conserve néanmoins l’usufruit jusqu’à sa mort en 1719.
Par négligence et mauvais entretien, un incendie détruit le château autour de 1720. Le domaine, devenu pâture et ferme  est loué en 1769  puis racheté dans son intégralité  en 1792 par Pierre-Noel Dubois Duperrey, un bourgeois chartrain. Il semblerait que celui-ci n’ait fait de Grogneul que sa villégiature, sa “Maison des Champs”. C’est son fils et ses successeurs qui s’y installent définitivement.

Tour d’angle datant du XIII siècle.

Il ne reste aujourd’hui que quelques vestiges de l’incendie qui détruit la propriété telle que Madame de Maintenon l’a connue : un colombier  datant du XIIIe siècle, la base de deux autres tours au coin des douves, des douves presque intactes sur 3 côtés,  deux tours sur la terrasse qui encadrent le mur de soutien et le très beau parterre à la française

Véritable “ maison bourgeoise” au XIX e siècle, le “château”  souffre de nombreuses dégradations à partir de 1940. L’armée d’Occupation allemande la transforme en une véritable caserne et fait tirer sur les trains de marchandise un peu plus bas dans la vallée. En  1956, c’est la famille ’Henri Jacob qui rachète aux enchères le domaine et sauve la bâtisse de la ruine. Les parquets de chêne, les boiseries et les pièces en enfilade sont encore tels qu’ils étaient sous le règne de Louis XV. Depuis lors, c’est la SCI “La Maison des Champs” qui s’efforce de restaurer l’ensemble  pour lui faire retrouver son éclat et ses usages d’antan, véritable “manoir” bucolique, imprégné des idées mélancoliques de Jean-Jacques Rousseau et de la douceur de vivre de la fin du XVIII e siècle.
Documents :
MOUTIE Auguste, De Paris au Mans : guides-itinéraires, Paris, Hachette, 1854, pp. 63-72
Grogneul, hameau de Saint-Piat, Valorisation-Patrimoine de Saint-Piat-Mévoisins, N° 28,  année 2018, http://www.patrimoine-histoire-saint-piat.fr/saint-piat-grogneul.htm